Lorsque j'ai ouvert mon entreprise, il y a maintenant un petit peu plus de 2 ans, je l'ai fait avec beaucoup d'espoir, de motivation et d'envie. Je voyais l'entrepreunariat comme un tiquet vers la liberté, comme une source d'épanouissement et de plaisir. Mais je dois bien avouer que je me suis vite rendu compte que je m'étais un peu fourvoyée. Tout ce que je vais vous confier n'est pas une généralité, mais bien mon ressenti personnel.

Lors de la création de mon entreprise, donc, un sentiment grisant s'est vite emparé de moi. Les commandes ont très vite afflué, le bouche à oreille fonctionnant dès le début. Il faut aussi dire que créer une entreprise en septembre est plutôt une bonne idée, les fêtes de fin d'année approchant et apportant leur lot de commandes. Je me suis vite vue dépassée par les évènements, et, au final, cette liberté que je m'étais imaginée est vite devenue une prison. J'avais mon emploi à 50% dans un collège à assumer (je ne me suis pas sentie prête à me lancer à 100% dans une entreprise dès le début), et le 50% du reste du temps à partager entre les enfants (Arthur avait moins d'un an), mon mari, la maison, et tous les à côté de la vie quotidienne. Bref, pour pouvoir assurer mes commandes, il a vite fallu que je me mette à travailler tous les soirs de 20h00 à 23h30, les jeudis et vendredis pendant au moins 12h, et une bonne partie de mes week-end. J'ai tenu ce rythme de septembre à noël, me félicitant de mes premiers chiffres d'affaires et du nombre de commandes qui partaient de la maison, oubliant que mon mari passait ses soirées seuls, que mes enfants avaient besoin de leur maman, et que mon corps avait besoin de repos. Quelques jours après noël, j'ai été hospitalisée d'urgence pour ce qu'on pensait être un début de crise cardiaque. Heureusement, ce n'était "qu'une" péricardite, survenue à cause d'un gros rhume que je trainais depuis octobre, et que je ne prenais pas le temps de soigner. L'infection avait fini par redescendre sur le coeur, et j'ai mis près d'un an à m'en remettre vraiment.

Ce premier épisode m'a servi de leçon. A partir de janvier, j'ai donc commencé à étaler mes commandes dans le temps pour avoir le temps de créer les choses sans que notre vie de famille et ma santé n'en patissent. J'ai concentré mon travail de couture sur les jeudi et vendredi, et ne me suis autorisée à travailler le week-end uniquement pendant la sieste d'Arthur. J'ai recommencé à passer mes soirées avec mon mari, et ce nouvel équilibre a tenu 1 an et demi. Je sais que j'ai perdu une certaine clientèle à cause des mes délais trop long, mais je sais aussi que les commandes que j'ai livrées l'ont été dans de bonnes conditions, avec la plupart du temps la satisfaction du travail bien fait et la récompense d'un client satisfait.

Mais malgré ce nouvel équilibre, un sentiment de malaise s'est tout de même emparé de moi au fil du temps. Ce sentiment n'a fait que croître au cours des douzes derniers mois, pour finalement devenir un vrai sentiment de mal-être depuis le début de cet été. Je sais que beaucoup ne comprendont pas ! Après tout, je cousais des journées entières, et la couture est quelque chose qui me fait vraiment vibrer, alors de quoi ai-je le droit de me plaindre ?! Oui mais voilà, j'avais beau coudre, je me suis retrouvée enchainée à mon concept. Depuis le début je voulais impérativement démocratiser le fait-main, et pouvoir offrir de l'unique et du sur-mesure au maximum de monde. Je ne me voyais pas proposer un stock à la vente, d'ailleurs les fois où il a fallu que je le fasse pour des salons ou marchés ont été pour moi un vrai calvaire. J'ai passé des heures à essayer de cibler des tissus pour que ça plaise au maximum de gens, mais au final, mes goûts et les vôtres sont rarement en adéquation. La commande personnalisée était donc un format, qui, je le pensais, me conviendrait mieux. Je me suis donc enfermée dans ce concept, le vantant, tout en me rendant compte que satisfaire toutes les exigences de certains clients devenaient carrément ingérable. J'ai eu l'impression de passer des heures à faire des devis, à les actualiser au fil des demandes qui évoluaient (ou bien en perdant de l'argent parce que je n'avait pas pris le temps d'actualiser ce fichu devis), mais aussi à expliquer mes délais, et essayer de ne pas répondre quand on me traitait de voleuse ou d'escargot, à expliquer qu'il n'était pas possible d'avoir du tarif Amazon quand on voulait du fait-main... et j'en passe encore beaucoup pour ne pas passer pour la râleuse.

Alors je sais bien, après tout c'était moi la patronne, c'était donc à moi de m'imposer. Mais après plusieurs tentatives ratées, je me suis mis dans la tête que je n'avais les épaules pour ça, et j'ai un peu baissé les bras.

Outre ces faits qui, je vous assure, peuvent vraiment vous miner le moral quand on est quelqu'un de sensible, la chose qui m'a vraiment motivée à prendre une décision au sujet de l'avenir de mon entreprise, c'est qu'au fil du temps, j'ai vraiment senti ma créativité se faire la malle, et j'ai senti l'envie et le besoin de coudre disparaître. Ça m'a vraiment inquiétée, et j'ai fini par ne plus prendre aucun plaisir derrière ma machine à coudre. Quand on n'a aucune marge de manoeuvre sur certaines créations, que les couleurs ou le thème ne nous plaisent pas forcement, mais qu'en plus on ne peut même pas y mettre un peu de notre griffe parce que ça ne plaît pas au client, je vous assure que créer devient un vrai calvaire. J'ai au début senti ma créativité s'affaiblir, et j'avais bien du mal à la trouver sur les dernières commandes. Il m'est arrivé sur certaines commandes de rester une, voire deux heures plantée devant mes tissus, avant de réussir à les couper et les assembler.

Bien entendu, tous les clients n'ont pas été aussi exigeants, et certains ont été tellement adorables et encourageants que je me sens un peu coupable de les abandonner. J'ai adoré créer certaines pièces, et surtout, voir les yeux briller à la découverte de mes créations, ou bien recevoir une gentille photo de ma création adoptée par son nouveau propriétaire, prête à vivre sa vie loin de moi. Mais même si ces moments ont été encourageants et grisants, ils ne sont malheureusement plus asez nombreux pour contrer les mauvais côtés, dans cette société ou tout le monde est habitué à tout avoir d'un simple clic, sans se soucier de la personne qui travaille derrière son écran.

Alors avant que je ne finisse par maudire ma machine à coudre pour de bon, j'ai décidé de mettre fin à cette entreprise que je n'ai pas su m'approprier et qui ne m'a pas apporté autant que j'aurais imaginé. Je sais bien que j'y ai mes tords, que j'aurais dû faire certaines choses autrement, mais le constat est là, et je ne souhaite pas m'y enfermer plus longtemps. J'ai donc repris un temps plein au collège, toujours en temps qu'AED pour cette année, avec l'objectif de passer des concours.

Et surtout, après près de trois semaines sans avoir envie de toucher ma machine, je sens que les projets personnels refleurissent et que je retrouve l'envie et le besoin de gâter mes proches. Les enfants sont très demandeurs et m'ont déjà fait une liste longue comme le bras de demandes en tout genre. Et au final, je me rends compte que ce sont ces deux petits clients, et au sens un peu plus large, mes proches, que j'ai envie de contenter. J'ai aussi plein d'idée pour regarnir un peu ma garde robe délaissée pendant si longtemps, bref, je vais coudre beaucoup moins que pendant ces deux dernières années, mais avec beaucoup plus de plaisir et de liberté, et c'est vraiment ce qui me manquait !

Je me sens aujourd'hui vraiment soulagée de cette décision, et je cloturerai officiellement mon entreprise fin-décembre. Je reste immatriculée jusqu'à la fin de l'année, afin de liquider au maximum mon stock (Vous pouvez le retrouver dans l'album "Créations à adopter" sur ma page Facebook, ou bien en me contactant directement).

Je remercie sincèrement tous les clients qui m'ont fait confiance et qui m'ont soutenue au cours de ces deux années. Ce blog reprendra donc maintenant son but premier : partager et échanger autour de créations personnelles. A bientôt !